Résumé : Il avait une méthode très personnelle et très ingénieuse pour piller les navires ; il faisait promener sur la dune qui dominait son repaire, des vaches entre les cornes desquelles il avait fait placer des lanternes allumées.

Histoires et légendes en Oléron – Lazor, le pirate
 
        Le pirate Lazor vivait sous Louis XV. Il habitait un repaire, entre l'Ileau et l'Océan, au milieu des dunes ; on pouvait encore voir, il n'y a pas si longtemps, les derniers vestiges de sa maison, quelques pans de murs, le soin de l'âtre, qui, depuis, ont complètement disparu. L'emplacement de sa maison est maintenant recouvert par les mûriers sauvages et des figuiers tout rabougris par le vent d'Ouest.
 
        Lazor était le chef d'une bande de pirates et de bandits. Il avait une méthode très personnelle et très ingénieuse pour piller les navires ; il faisait promener sur la dune, qui dominait son repaire, des vaches entre les cornes desquelles il avait fait placer des lanternes allumées. Les marins qui naviguaient au large croyaient voir l'entrée du port de La Rochelle, car les feux qui y existaient à cette époque étaient épisodiques ; on allumait un fagot au sommet des tours quand un navire se présentait. Le navire se jetait sur les plateaux rocheux de la pointe de l'Ileau et se perdaient. Lazor et sa troupe massacraient tout l'équipage et pillaient le navire.
 
        En outre, Lazor terrorisait les populations de l'île, pillant les villages après avoir occis les habitants. Cette vie de brigandage dura longtemps, jusqu'au jour où Lazor fut pris d'une curieuse façon.
 
        Ce jour-là, Lazor et sa bande pillaient le village de Sauzelle. La dernière maison, au bout du village, était occupée par un couple de paysans et leur fils d'une douzaine d'années. Quand les parents surent que les pirates commençaient à piller le village, ils condamnèrent les portes de leur maison avec des meubles, firent un grand feu dans la cheminée, dont l'âtre était immense et garnie de bancs de chaque côté ; ils firent cacher l'enfant derrière le feu, non sans lui avoir dit : « Nous serons certainement tués. Regarde bien de ta cachette celui qui semble être le chef et dénonce-le au seigneur ».
 
        Tout se passa malheureusement comme prévu ; les bandits enfoncèrent portes et fenêtres, tuèrent le paysan et sa femme, et mirent la maison à sac ; mais la cachette du petit garçon était bonne ; quand les bandits furent repartis, celui-ci alla trouver le seigneur du lieu et lui raconta tout ; le seigneur, qui était un homme de bien, voulu venger ses fermiers et débarrasser une fois pour tout le pays de ces pillards. Il fit venir des troupes de La Rochelle. Ils réussirent à trouver le repaire du pirate et en firent le siège ; tous les pirates furent pris vivants ; le témoignage de l'enfant permit d'identifier le chef ; tous furent pendus ; en outre, Laxor fut roué.
 
        Quant au petit garçon, le seigneur le fit envoyer au collège, et il commanda plus tard un vaisseau sur la route des épices.


Extrait de Oléron, île aux parfums sauvages, Éditions Roudil, Paris, 1972

 
 

open all | close all