Résumé : Galerit chassait un jour dans les forêts du centre de l île ; jusqu'ici, il avait poursuivi en vain quelques daims, lorsqu'il aperçut un cerf, un magnifique dix cors, qui croisa son chemin à quelques mètres de lui.

Histoires et légendes en Oléron – La Chasse-Galerit


        Il était une fois, en Oléron, un seigneur tres riche et très puissant, nommé Galerit ; ce seigneur aimait les exercices violents, la chasse, en particulier. Il faut dire qu'il était très cruel, poursuivant le lièvre jusq'en son gîte, épuisant la biche et le cerf. Il possédait une meute considérable, tant par le nombre de chiens qui la composaient que par leur férocité.
 
        Galerit chassait un jour dans les forêts du centre de l'île ; jusqu'ici, il avait poursuivi en vain quelques daims, lorsqu'il aperçut un cerf, un magnifique dix cors, qui croisa son chemin à quelques mètres de lui. C'était vraiment une bête superbe ; Galerit pensait au trophée magnifique que ferait sa tête couronnée de bois dans la grande salle de son château.
 
        Il mit donc son cheval au galop, lâcha sa meute, qui s'élança sur le cerf. Mais celui-ci, après être resté immobile à les regarder, s'enfuit ; sa fuite avait quelque chose de curieux ; tantôt il s'éloignait de la meute, sans effort apparent, tantôt il s'arrêtait, semblant narguer Galerit et ses chiens. Le seigneur, que ce manège contrariait vivement, poursuivit longuement le cerf, sans jamais pouvoir l'attraper.
 
        L'animal se rapprochait peu à peu d'un village ; on apercevait déjà le clocher, dont on entendait sonner les cloches joyeusement ; en effet, les villageois célébraient la Noël. La petite église était toute illuminée par les centaines de cerges allumés autour de l'autel ; il régnait dans la nef une atmosphère de ferveur tout à fait inhabituelle. Soudain, le cerf franchit le portail resté ouvert et se dirigea vers l'autel, sous l'Sil étonné des fidèles, qui s'arrêtèrent aussitôt de chanter le Credo ; surpris de ce silence soudain, le bon curé se retourna ; lorsqu'il vit le cerf dans le chSur, comme auréolé de lumière et qui le regardait, il tomba à genoux. Galerit, qui avait suivi le cerf jusque dans l'église, se figea ; le cerf le regardait et lui parlait... Il entendit distinctement, et les fidèles avec lui, une voix lui dire :
 
        « Je te maudis. Après ta mort, tu poursuivras éternellement un cerf que tu n'attraperas jamais. »
 
        On raconte, dans l'île d'Oléron, que les soirs de grande tempête d'Ouest, on entend dans les nuages des bruits, des hennissements de chevaux, des aboiements ; les vieilles gens prétendent que c'est Galerit qui passe avec sa meute, à la poursuite du cerf que jamais il n'attrapera.






Extrait de Oléron, île aux parfums sauvages, Éditions Roudil, Paris, 1972

 
 

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