Résumé : Les fleurs, représentées par son bouquet et par les capucines du balcon : la fleur est le symbole de l'amour et de l'harmonie caractérisant la nature primordiale ; elle s'identifie au symbolisme de l'enfance et, d'une certaine façon, à celui de l'état édénique.



L'éducation sentimentale, 3ème partie, chapitre 3

Rosanette change-t-elle d'archétype ?

Le début du troisième chapitre de la troisième partie de l'éducation sentimentale nous raconte la vie quotidienne du jeune couple formé par Rosanette et Frédéric. Tout, dans cette description, respire le bonheur sans soucis, la légèreté de vivre.

Tout d'abord, le portrait de Rosanette est ponctué de détails qui nous la montrent comme une personne agréable a vivre. Au fil du texte, nous rencontrons les mots « charmante », « souriait », « rayonnement », « langoureuse ». On la voit dans ses occupations quotidiennes, mais quelles occupations ? S'occuper des serins, des poissons rouges, jardiner (mais en dilettante, car elle n'a pas d'outils de jardinier) ; ce sont des occupations plaisantes, exemptes de tout souci. Quels sont les symboles utilisés par Flaubert pour accompagner sa description de Rosanette ? Les fleurs, représentées par son bouquet et par les capucines du balcon : la fleur est le symbole de l'amour et de l'harmonie caractérisant la nature primordiale ; elle s'identifie au symbolisme de l'enfance et, d'une certaine façon, a celui de l'état édénique. De fait, Frédéric et Rosanette ne sont-ils pas dans cette description comme deux enfants dans leur jardin d'Eden ? Ce peut être aussi un symbole d'instabilité et tout particulièrement du caractère fugitif de la beauté et du plaisir. La couleur orange des capucines du balcon est la couleur symbolique de l'infidélité et de la luxure. Les rubans, que Rosanette noue autour de son menton : le nœud du ruban, soigneusement formé, prend l'apparence d'une fleur, il est un signe d'épanouissement. Le miroir : symbole lunaire et féminin, par analogie avec la surface de l'eau, symbolise ici la coquetterie de Rosanette.

Quant à Frédéric, dont le lecteur adopte par moments le point de vue, il est le spectateur de l'activité charmante de Rosanette. Lui aussi vit sans soucis, n'ayant que celui d'organiser leurs loisirs, de lui conter des choses « joviales ou galantes ». Leur journée se déroule au rythme du soleil, source de lumière de chaleur et de vie, et des étoiles sources de lumière, tout comme les « perles lumineuses » des becs de gaz.

Cependant, on sent que quelque chose d'autre se développe « insensiblement », une « habitude », un changement de Rosanette. Frédéric l'attend longtemps pendant qu'elle se prépare, puis elle le « force » à se regarder avec elle dans le miroir, comme si cette image d'eux-mêmes allait les rendre inséparables. Frédéric sent bien quelque chose, mais il ne pourrait dire quoi. Lorsqu'elle dit « je te mangerais », c'est le moment culminant du passage. Il faut savoir en effet que le symbole de la manducation représente la forme la plus élevée de l'amour-appropriation (cf. la communion dans le rite catholique : on s'approprie le corps du Christ). Le baiser en est la forme atténuée. Bref, comme le dit Flaubert, « il était maintenant sa chose, sa propriété ». Physiquement aussi, elle change ; elle devient plus « ronde », dans ses formes. Serait-il possible que, de puella, Rosanette soit soudain devenue mère, et peut-être même mère castratrice ?

 
 

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