Résumé : La maison de Madame Aubain comprend trois niveaux, tous trois évocateurs d'une atmosphère différente (verticalité).
Au premier étage, l'atmosphère est toute autre, c'est une atmosphère d'absence et de mort.
Description de la maison de Madame Aubain dans Un cœur simple de Gustave Flaubert
La maison de Madame Aubain comprend trois niveaux, tous trois évocateurs d'une atmosphère différente (verticalité).
Vue de l'extérieur, on se dit que cette maison doit être sombre.
Recouverte d'ardoises, donc gris foncé, elle parait coincée entre le
passage et la ruelle. Un passage, une ruelle, ne doivent pas laisser
passer beaucoup de lumière, du moins aux étages inférieurs. Justement,
entrons dans la maison pour la visiter. Tout d'abord, nous descendons
une ou plusieurs marches, comme pour accéder à une chapelle mortuaire
telle qu'il en existe encore dans nos cimetières. Nous sommes alors
dans un vestibule « étroit », ce qui confirme l'impression
d'oppression de la première phrase. Rien sur la cuisine,
pourquoi ? Manque de chaleur du foyer, foyer qui manque d'un
centre ? La salle, par contre, est décrite dans le détail,
description qui dégage une forte impression de médiocrité, de
prétention bourgeoise. J'ai connu des maisons où l'on alignait les
chaises contre le mure, maisons de paysans, où l'on est prêt à
accueillir les visiteurs, un peu gauchement, de manière solennelle et
empruntée, mais où l'intervalle entre les visites laisse un sentiment
de vacuité (à la différence de chaises disposées autour d'une table,
synonymes de convivialité). Pourquoi le tas de boîtes et de cartons,
Flaubert ne nous le dit pas : on a l'impression d'un entassement
d'objets inutiles, inutilisés en tous cas, mais utilisable un jour,
peut-être. Le mobilier me parait triste et laid. Et l'attitude de
Madame Aubain, immobile devant sa fenêtre, attendant quoi, le retour de
ses enfants, peut-être, laisse un peu d'amertume au lecteur. Enfin,
l'odeur, surtout, l'odeur de moisi, est évocatrice de putréfaction.
Au premier étage, l'atmosphère est différente, c'est une atmosphère
d'absence et de mort. Tout y contribue : le portrait de feu
« Monsieur » ; dans la chambre d'enfants, les deux
couchettes sans matelas, puisqu'inutilisées ; le salon fermé, aux
meubles recouvert d'un drop, comme d'un linceul. L'étroitesse d'un
corridor, de nouveau. Dans le bureau, le noir du bois est évocateur de
mort. Les restes d'une splendeur passée, comme un musée, mais pourquoi
dans le bureau, pourquoi pas dans la « salle », par exemple,
où tous pourraient les admirer ?
Montons encore, nous arrivons au second étage, dans la chambre de
Félicité. Là, pas de description, une impression, seulement :
enfin de la lumière, enfin une ouverture sur le paysage, l'impression
de respirer librement.
Cette visite de la maison, bien que se trouvant au début du conte,
prend place après les événements narrés par Flaubert dans cette
histoire. Il me semble que cette visite joue le rôle d'un résumé du
conte, ou plutôt de la vie de Félicité, puisqu'elle est le sujet du
conte. La spatialité devient alors la temporalité. Le rez-de-chaussée
moisi évoque l'environnement dans lequel a vécu Félicité, ne trahissant
jamais, mais souvent trahie et blessée par les autres. Puis, le premier
étage, évoque la mort, la mort de ceux qu'elle aimait, puis la sienne.
Enfin, au second étage, spatialité et temporalité se rejoignent dans la
lumière de la transcendance, celle du grand soleil d'or de l'ostensoir
de la procession, celle de la vapeur d'azur de ses derniers instants,
celle enfin, qui pourrait en douter, du paradis des simples d'esprits
qui l'attend dans les cieux entrouverts.