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UTILISATION DES SYMBOLES ANIMAUX
PAR GUSTAVE FLAUBERT
dans
La tentation de Saint Antoine
(Extraits)

1998

introduction
Zaphod tried this in one brain, then in the other.
“You're saying” he said, “that before we arrived here, we left here?”
This is going to be a long night, thought the waiter.
Douglas Adams,
The Restaurant at the End of the Universe.

Illustration  – Icône de saint Antoine
Encyclopedia Coptica
http://pharos.bu.edu/cn/pictures/Icon.StAnthony-1.jpg
[...]
Chapitre 2
ânes, mulets, onagres
L'âne, dans La tentation, peut évoquer tout à tour une relative richesse, un ornement, lorsqu'il est présenté en groupe avec d'autres animaux. Il peut être simple monture, ou bien déguisé ou même personnifiant un démon.
Ainsi, accompagné du chien et de l'oiseau (113), est-il présenté comme l'heureux possesseur d'un bien enviable, sa housse, qui le place au-dessus des plus pauvres des hommes, alors qu'ils sont complètement démunis. Il est devenu un riche parmi les pauvres. Pourtant l'âne, ou plutôt l'ânesse, évoque traditionnellement l'humilité et le dénuement. Dans les Écritures, l'ânesse est un symbole de paix, de pauvreté, d'humilité. Ici, Flaubert joue sur cette réputation pour faire apparaître les pauvres encore plus pauvres, puisqu'ils ne possèdent même pas la housse de l'âne.
L'âne est aussi décrit comme un ornement architectural, lorsque sa tête en « fer poli » apparaît, dans La tentation, accompagnée de celle du boeuf, du lion, de l'aigle et du chien dans une salle de la basilique du chapitre IV (119). C'est une originalité de Flaubert.
Évidemment, le rôle de l'âne en tant que monture est évoqué dans La tentation. Il est tout d'abord monture de femme (173), puis monture de Silène (188). Le rôle de monture est traditionnel dans la mythologie et dans la littérature du Moyen Âge. Pourquoi monture de femme ? Tout d'abord peut-être en raison de son caractère d'humilité. Pensons à l'âne de la crèche, à l'ânesse portant le Christ lors de la fête des Rameaux.
Peut-être pouvons-nous voir ici l'origine de la fête de l'âne médiévale, pendant laquelle, selon un rituel complexe, un âne accédait momentanément au choeur de l'église pour y être honoré, portant sur le dos une jeune femme et un enfant. Dans La tentation, l'âne est également richement orné et fêté alors qu'il porte l'image de Cybèle, déesse de la fécondité.
Illustration  - Le dieu Silène
Dr. Vollmer's Wörterbuch der Mythologie aller Völker. Stuttgart : Hoffmann'sche Verlagsbuchhandlung, 1874.


Mais on prête encore plus fréquemment à cet animal un caractère diabolique. La fête de l'âne représenterait alors une sorte de défoulement collectif contrôlé, par retournement et dérision. Ainsi, sous son aspect nocturne, l'âne est-il souvent associé à l'infidélité : autrefois, on promenait sur un âne les femmes coupables d'adultère. En Inde, il est monté par des divinités funestes : Nairrita, gardien de la région des morts, Kâlarâtri, aspect négatif de Dêv'. Il est aussi la monture de Silène, l'homme-lune, souvent représenté sous les traits d'un vieillard obèse chantant à gorge déployée et grand amateur de vins et de plaisirs. L'âne, symbole de luxure ? Pour Odon, il représente « l'appel de la chair désireuse des plaisirs. » (Mariño Ferro 24). À cause de sa luxure, le diable le choisit pour s'incarner.
C'est ainsi qu'on le retrouve associé à une empus  ''  dans La tentation (146). De même, dans la mythologie égyptienne, il est l'incarnation de Seth, le dieu du mal, mais aussi de la puissance vitale. En Égypte, également, l'âne rouge est l'un des plus grands dangers rencontrés par les défunts dans leur dernier voyag'. Dans de nombreux textes sacrés des Hébreux, l'âne roux symbolise le diable, le mal et le feu malfaisant. En Inde, l'asura (démon) Dhênuka est représenté par un âne. Plus près de nous, en Artois, une légende raconte que le diable apparaît certaines nuits de Noël sous la forme d'un baudet qui galope sans bruit dans les villages.
Le point culminant de cette symbolique de l'âne me parait être le passage suivant de La tentation :
Et l'un d'eux lui montre, derrière une tapisserie, le corps d'un homme terminé par une tête d'âne. Cela représente Sabaoth, père du Diable. En marque de haine, il crache dessus. (106)
Pour comprendre ce passage surprenant, il faut tout d'abord savoir que l'âne est l'animal de Saturne, le deuxième soleil, l'étoile d'Israël. Il y a eu, dans certaines traditions, identification entre Yahvé et Saturne. Cela expliquerait peut-être pourquoi des caricatures satiriques ont représenté des crucifiés à tête d'âne, le Christ étant, selon le Mystère de la Sainte Trinité, à la fois le fils de Dieu et Dieu lui-même. Peu de temps avant d'écrire le dernier de ses traités (vers 197), Tertulien raconte qu'un Juif apostat parcourut un jour les rues de Carthage en exhibant un mannequin revêtu d'une toge, avec les oreilles et les sabots d'un âne et que cette monstruosité portait le nom de Deus Christianorum Onocoetes (le Dieu des chrétiens engendré d'un âne). Et Tertulien d'ajouter :
This (figure) had ass's ears, and was dressed in a toga with a book, having a hoof on one of his feet. And the crowd believed this infamous Jew. (chap. 14)
Une caricature de la Crucifixion, découverte sur un mur du Palais des César sur le Palatin en 1857, représente un jeune chrétien adorant un homme crucifié affublé d'une tête d'âne. Au musée de Luynes, par exemple, se trouve une tablette syrienne représentant Jésus caricaturé comme un petit homme en longue tunique, tenant un livre à la main, et doté d'une énorme tête d'âme, de longues oreilles, et dont les yeux reflètent l'expression mystique. D'autre part, Sabaoth est une portion de l'un des noms hébreux de Die'   ; quant à attribuer la paternité du Diable à Dieu, la Bible n'indique nulle part de manière explicite les origines de Satan. Cette paternité ne se comprend que si l'on considère que Dieu est le créateur de toutes choses, anges – déchus ou non – compris. Cependant, dans la Genèse, une phrase indiquerait que Satan a été créé par Dieu : « Mais le serpent était rusé, plus qu'aucun des animaux terrestres qu'avait faits l'Éternel-Dieu. » (3.1)
Ainsi, les évocations de l'âne par Flaubert présentent-elles un glissement similaire à celui de la symbolique traditionnelle de cet animal : de la pauvreté à l'humilité, de l'humilité à la bêtise, de la bêtise à la luxure, de la luxure au caractère démoniaque. Comme l'homme, comme saint Antoine lui-même, l'âne peut pencher tantôt du côté du Bien, tantôt du côté du Mal. Ainsi que le dit Huysmans :
Cette croyance que l'homme est un âne de Burida''', un être tiraillé entre deux puissances d'égale force, qui demeurent, à tour de rôle, victorieuses de son âme et vaincues ; cette conviction que la vie humaine n'est plus qu'un incertain combat livré entre l'enfer et le ciel ; cette foi en deux entités contraires, Satan et le Christ, devaient fatalement engendrer ces discordes intérieures où l'âme, exaltée par une incessante lutte, échauffée en quelque sorte par les promesses et les menaces, finit par s'abandonner et se prostitue à celui des deux partis dont la poursuite a été la plus tenace. (190)
Quant à l'onagre, qui accompagne la Reine de Saba dans La tentation, sa symbolique est différente. Par rapport à l'âne domestique, il représente la liberté. En effet, l'âne sauvage représente traditionnellement les ascètes du désert, les solitaires, les hommes comme Antoine. L'âne sauvage, réputé difficile à dompter, car indocile est cité une douzaine de fois dans la Bible :
Qui a lâché l'onagre en liberté ? Qui a dénoué les liens de l'âne sauvage, à qui j'ai assigné le désert pour demeure et les plaines salées pour habitation ? Il se rit du tumulte de la cité, il n'entend pas les cris d'un maître. Il explore les montagnes pour trouver son pâturage et se met en quête de n'importe quelle verdure. (Job 39 5-8)
 L'ange de Yahvé compare Ismaël à un onagre (Genèse 16 12) en raison de la vie aventureuse et vagabonde de sa descendance. Dans la mystique, il est également fait allusion à l'onagre : Guigues II le Chartreux, au XIIème siècle, se compare à un onagre solitaire, acceptant difficilement le joug divin.
Dans La tentation, les onagres sont les montures des « courriers verts » qui escortent la Reine (77-79). Flaubert les a sans doute jugés plus dignes de cette tâche que des ânes. Dans la Bible, la Reine de Saba n'est accompagnée que d'une « nombreuse suite de chameaux » (Rois 10 2). Or, bien que l'onagre ait vécu dans tout le proche orient, c'était une espèce presque complètement éteinte au milieu du XIXème siècle. Cette disparition ne pouvait qu'ajouter à l'impression d'exotisme donnée par la description du cortège de la Reine, à l'époque de la rédaction de La tentation.
Le mulet, quant à lui, hybride d'âne et de cheval, apparaît lui aussi dans le cortège de la Reine de Saba., où il joue le rôle de portefaix (78, 85). Mais il est aussi symbole de compagnie, puisque le simple fait d'entendre tinter ses clochettes pourrait annoncer à saint Antoine la venue de visiteurs (62). Plus loin, les mulets broutent le laurier de Delphes (196), égarant la Pythie dans ses prédiction. Stérile, il est à l'opposé de l'idée de la luxure et du pouvoir de reproduction attribués à l'âne. Il n'est même pas une monture et ne porte que des fardeaux.
Chapitre 2
Araignées et scorpions
Illustration 3 – L'araignée
Animal Totems
http://www.mysticflame.com/
cyberwitch/totems/spider.html


 L'araignée et surtout le scorpion sont présents dans La tentation. L'araignée est ici une tarentule (57). Elle est, dans la nuit, une dérisoire compagnie pour Antoine, c'est la seule source de bruit dans le désert, alors qu'il souffre de sa solitude. L'araignée est, en Inde, Maya, dont le voile, comme la toile de l'araignée, exprime, pour la tradition brahmaniste, la beauté de la création. Elle est aussi, pour le Bouddhisme, l'évocation d'une réalité illusoire. Dans le mythe grec d'Arachné défiant Athena, c'est la même dualité que l'on retrouve. Arachné était si fière de son talent de tisseuse qu'elle défia Athena. Ovide, dans ses Métamorphoses (6.5-145) raconte comment la déesse se déguisa pour entrer dans la compétition. Mise en colère par l'habileté de cette mortelle, elle détruisit le travail de sa rivale, et Arachné se pendit. La déesse la métamorphosa alors en araigné pour qu'elle tisse et soit éternellement suspendue à un fil. Pour Jung, l'araignée, immobile au centre de sa toile, et que nombre de personnes trouvent repoussante, est un symbole d'angoisse, en rapport avec le narcissisme, l'amour excessif de soi. Ainsi, si l'araignée peut être une déesse créatrice, une tisseuse de destin, elle peut aussi être danger, porteuse de douleur et même de mort. Le prédicateur Odon, lui, nomme la toile de l'araignée rideau du Diable et dit que ceux qui s'y laissent prendre sont dévorés par le Diable. Le Bestiaire Toscan indique :
Cette araignée nous permet de connaître les oeuvres du Diable, car il est de même condition ; tous les jours, il tisse toutes les toiles qu'il peut et nous tend des pièges pour se saisir de notre âme. (Mariño Ferro 28)
L'araignée est certainement plus connue par sa toile que par les bruits qu'elle peut émettre, mais là encore, comme avec l'âne, c'est le Diable que nous retrouvons accompagnant saint Antoine, après un glissement à partir de la mention apparemment anodine d'un simple animal du désert, et interprétation de la symbolique de cet animal.
Le scorpion apparaît à deux reprises dans La tentation : Il est, lui aussi, une compagnie pour saint Antoine :
…et j'ai fui jusqu'au bord de la mer Rouge dans une citadelle en ruines. Là, j'avais pour compagnie des scorpions se traînant parmi les pierres… (54)
Il est aussi un bijou de diamant sur la poitrine de la Reine de Saba (78). Le diamant évoque la lumière, les feux, le feu, ce feu auquel il ne peut échapper qu'en se donnant la mort. Cet animal, que la science rattache à la famille des arachnides, n'en est pas moins pour le symbolisme une variante du serpent qui tenta Ève, tant sous l'aspect qui en subsiste dans la croyance populaire que dans son sens ésotérique réel. Pline, d'ailleurs confirme l'antagonisme du scorpion et de la femme : « sa piqure est toujours mortelle pour les vierges, mais pour les femmes aussi, presque sans exception. » (Mariño Ferro 380) Comme il n'attaque pas de face, le scorpion est souvent considéré comme un symbole de duplicité. Ainsi, venimeux et traître, le scorpion est-il aussi le symbole du Démon. Une icône bulgare du XVIIème siècle représente saint Démétrius écrasant du pied un scorpion, tout comme saint Georges terrassa le dragon incarnant Satan.
Si l'on transpose ce symbole, on peut interpréter ainsi les deux passages de La tentation où apparaît le scorpion : le Diable sert de parure à la Reine de Saba venue tenter saint Antoine ; le Diable est toujours là, dans le désert, proche du saint ermite, et prêt à le tenter.
Chapitre 3
Les bovins
Sous ce titre sont regroupés les boeufs, buffles, taureaux et autres vaches rencontrés au cours de la lecture de La tentation.
Les boeufs et les buffles procèdent de la même classification symbolique, les uns étant seulement, pour nous, plus exotiques que les autres. Dans La tentation, nous retrouvons le buffle en tant que symbole de la paix domestique (52), mais aussi en tant que monstre formé pour moitié d'un porc (232). Traditionnellement, et contrairement au taureau, le boeuf et le buffle sont des symboles de bonté et de force paisible. L'image de paix domestique attachée au boeuf apparaît aussi dans La tentation :
Et Cérès, dans un chariot que traînent des boeufs, s'avance vers lui une faucille à la main. (188)
Nous retrouvons aussi l'idée de prospérité ; ainsi dans les rêves de saint Antoine :
Mais cela fait une somme… assez forte pour avoir trois boeufs… un petit champ ! (68)
Le boeuf, et plus encore le buffle, sont respectés dans toute l'Asie orientale. Le buffle sert de monture aux sages, en particulier à Lao-Tseu. Le boeuf et le buffle sont tous deux offerts en sacrifice. Sans doute en raison de ses relations avec tous les rites religieux, le boeuf est devenu le symbole du prêtre. Nous sommes donc devant un tableau idyllique : boeuf et buffle, force tranquille, calme, prospérité.


Pourquoi faut-il qu'une fausse note, soudain, vienne bouleverser ce tableau ? Pourquoi ce monstre hideux (232), buffle à tête de porc, le catoblepas ? Le catoblepas apparaît dans certains textes, des contes en particulier, sous la forme d'un buffle couvert d'écaille. De taille moyenne, sa tête est très lourde, il ne peut la déplacer qu'avec beaucoup de difficulté, il regarde donc toujours vers la terr  . Si ce n'était pas le cas, il tuerait toute vie, car le simple fait de croiser son regard ou de respirer son haleine signifie la mort. Il vivrait sur Illustration 5 – Le catoblepas
Topsell, Edward. A History of Four-Footed Beasts. Londres : Cotes, 1658

les îles des Gorgates, où il se nourrirait de buissons et d'herbe toxiques. Pline dit l'avoir vu lors d'un voyage d'Éthiopie en Égypte. Au Moyen Âge, le catoblepas était parfois nommé gorgone. Rien n'est donc parfait dans l'univers de saint Antoine, ou plutôt dans la vision du monde que lui présente son ennemi le Diable. Il y a de nouveau glissement du rêve au cauchemar, et si nous n'avons pas directement à faire au Diable, nous nous trouvons ici face à la Mort.
Le taureau apparaît plusieurs fois dans le texte sous l'aspect d'une bête brute, toute de force et de puissance (76, 230). Il est, avec le lion, le cerf, le griffon et l'abeille, une parure étrange de la grande Diane d'Éphèse (176). Il est aussi une divinité (162, 183, 191). Les régions d'orient où naquirent et se développèrent les civilisations sumérienne, hittite, iranienne, hindoue et grecque abondent en vestiges du culte rendu au dieu créateur Taureau. Le culte du veau d'or de la Bible en est une résurgence. En Égypte et en Grèce, on rendait un culte au taureau. Le dieu égyptien Osiris est souvent doté d'une tête de taureau. L'animal qui lui était

associé, le taureau Apis, était le symbole de la fécondité. La mythologie grecque et romaine est remplie de légendes mettant en scène le taureau. Parmi les plus célèbres, on retrouve celle de Illustration 4 – Le buffle
Animal Totems
http://www.mysticflame.com/cyberwitch/totems/
bull.html
Jupiter enlevant Déméter, déesse de la germination, ou celle du Minotaure. Dans La tentation, le taureau devient aussi un monstre hybride, taureau à face humaine  (171). Achéloüs est, dans la mythologie grecque, le dieu de la rivière du même nom, et le maître de tous les fleuves. Il est habituellement représenté soit sous l'aspect d'un serpent, soit sous la forme d'un taureau doté d'un buste d'homme et d'un visage barbu. Ses colères étaient redoutable'. C'est le seul exemple de taureau à tête d'homme que nous ayons trouvé, bien qu'il en existe peut-être d'autres. Nous retrouvons ici une ambiguïté positive / négative, avec un être qui peut être alternativement créateur et destructeur.
En Égypte,  le Taureau divin a sa contrepartie : la vache céleste. Cet animal est le symbole de la fécondité et représente les eaux du ciel, source de l'abondance. Elle est l'emblème des déesses mères comme Hathor, Isis, Neith ; comme Damona, déesse gauloise nommée « la vache divine », ou comme Surabhi, la vache hindoue synonyme d'abondance. C'est ainsi qu'elle apparaît dans La tentation, symbole, avec le taureau, des crues fertilisantes du Nil :
Les digues s'ouvraient, les barques s'entrechoquaient, la terre haletante buvait le fleuve avec ivresse. Dieu à cornes de taureau tu t'étalais sur ma poitrine – et on entendait le mugissement de la vache éternelle ! (183)
Illustration 6 – Le taureau Apis
« Le papyrus d'Ani ». Le livre des morts. Thèbes


Elle peut être femme à tête de vache « prosternée[s] devant des dieux ithyphalliques ; » (161), attendant d'être fécondée afin de donner la vie. Cependant, elle peut aussi être une créature torturée, victime des cynocéphales qui lui arrachent les pis, annihilant par là même sa fonction nourricière (230). De nouveau, nous retrouvons ici l'aspect négatif d'un symbole qui, s'il n'est pas attaché à l'animal lui-même, est transmis par d'autres créatures. C'est la négation de la fertilité, c'est la déesse mère rendue incapable de nourrir sa progéniture.
Chapitre 4
Le cerf, les gazelles
Le cerf apparaît par deux fois dans La tentation. Tout d'abord, il est un élément de la parure de Diane. Mais cette parure se corrompt. Nous assistons ici à la flétrissure de la vie et à la fin de l'abondance :
Ses fleurs se fanent. Ses fruits trop mûrs se détachent. Les lions, les taureaux penchent leur cou ; les cerfs bavent épuisés ; les abeilles, en bourdonnant, meurent par terre.
Elle presse, l'une après l'autre, ses mamelles. Toutes sont vides ! (176)
Illustration 7 – Cernunnos
http://www.kernunnos.com/coincoll/Atrabetes%20Images/cernunnos.html


Animal nourricier de la préhistoire, le cervidé fournissait sa chair, sa peau, son lait et un moyen de traction ; il fut donc élevé à la dignité de symbole métaphysique par les peuplades qui le chassaient ou le capturaient, sans, toutefois, être divinisé. Les Druides gaulois vénérèrent, à leur tour, le Grand Cerf. Sa ramure est souvent comparée à l'arbre de vie. « Il est une image archaïque de la rénovation cyclique. » (Chevalier 196) La divinité gauloise Cernunnos est représentée à Reims comme le dieu de l'abondance. Une pièce de monnaie celte en argent retrouvée en 1984 dans le Surrey le représente sur l'avers alors que sur le revers figure un taureau. Bien entendu, Flaubert n'a pu avoir accès à cette information, mais cette découverte souligne la similitude des symboles de ces deux animaux.
Les Égyptiens et les Chinois en firent le symbole de la longévité.
Illustration 8 – Peintures de la salle des taureaux à Lascaux
Relevé des dessins du panneau de gauche
http://www.cr-aquitaine.fr/region/Lascaux/



Dans la Bible, David fait de la biche le symbole de l'âme en quête de son Dieu. Il dit : « Comme la biche aspire aux cours d'eau, ainsi mon âme aspire à toi, ô Dieu ! » (Psaumes 42:2). Dans la mythologie celtique, le cerf mène les âmes à travers les forêts sombres. De même, le cerf blanc est souvent associé à l'image du Christ.

Mais qu'en est-il du cerf noir à tête de taureau, le sadhuzag, que nous rencontrons dans le texte de Flaubert ? (230) Tout d'abord, il semble que le sadhuzag soit une invention de Flaubert. En effet, chez les Celtes, le culte du Taureau a bien succédé à celui du cerf. Il a laissé des traces jusque de nos jours à Carnac, haut-lieu de la civilisation mégalithique. Dans la salle des taureaux de Lascaux, on

retrouve bien, entremêlées, les représentations de taureaux et de cerfs. Mais Flaubert n'a pas eu accès à cette dernière infor-matio. De nouveau ici, nous sommes en face de l'association cerf-taureau qui, très certai-nement, symbolise doublement la fertilité. Mais pourquoi la couleur noire, contre-couleur de toute couleur, associée aux ténè-bres primordiales ? Si le Christ Illustration 8 – Salle des taureaux à Lascaux (détail)
(Dieu) est symbolisé par un cerf blanc, se pourrait-il que ce cerf noir symbolise le Diable ? Si nous analysons le passage où apparaît le sadhuzag dans La tentation, nous voyons que les andouillers de la créature émettent tout d'abord « une musique ineffablement douce » qui semble emporter l'âme d'Antoine. C'est le vent du sud qui joue dans les tuyaux d'orgue des bois du sadhuzag. Mais pour peu que souffle le vent du nord, c'est un hurlement terrifiant qui résonne dans les forêts, provoquant des catastrophes et déchirant Antoine d'horreu. De nouveau, nous retrouvons l'ambiguïté Bien-Mal, ou peut-être est-ce le Mal travesti en Bien pour mieux charmer puis détruire. La couleur noire, c'est la couleur de la condamnation, du renoncement à la vanité du mond, de la fatalité, de la mort. C'est l'ombre de Jung.
Les gazelles, les antilopes, dont le bubal, qui apparaissent dans La tentation ont tous une connotation positive. Ces animaux évoluent avec rapidité (222), légèreté (130), ils évoquent la richesse, le luxe (83), ce sont des bêtes de trait d'une grande élégance (166).
Dans la tradition, cependant, l'antilope est perçue comme un animal dangereux, souvent en raison de la longueur de ses cornes. Les bestiaires du Moyen Âge, en particulier, le considèrent généralement comme un animal cruel. Mais le Physiologus de saint Épiphane, compare ses cornes aux deux Testaments donnés par Dieu à l'homme. La gazelle semble avoir frappé toutes les époques par son élégance, sa vivacité et son acuité visuelle. Dans le tantrisme, elle correspond à l'élément air, qui est celui du centre du coeur. L'iconographie bouddhique représente souvent des gazelles agenouillées près du trône de Bouddha. Dans le Cantique des Cantiques, on lui compare l'Époux : « Mon bien-aimé est semblable à une gazelle » (2, 8) Enfin, de très nombreuses oeuvres d'art représentent une gazelle victime d'un fauve, le plus souvent un lion. La psychanalyse voit dans ces images l'action autodestructrice de l'inconscient (le fauve) par rapport au spirituel (la gazelle). Dans l'art roman, la gazelle poursuivie par un lion est l'âme harcelée par le Diable. Ainsi la gazelle est-elle plutôt une victime des forces démoniaques que leur symbolisation.

Chapitre 5
Le chameau, le dromadaire
Les chameaux et les dromadaires, animaux typiques du désert, sont souvent mis en scène dans La tentation. Ce sont des montures, des animaux de bât, souvent indicateurs de richesse et de luxe :
…et un dromadaire, chargé d'outres percées, passe et revient, laissant couler de la verveine pour rafraîchir les dalles. (75)
Ou encore :
J'ai des attelages de gazelles, des quadriges d'éléphants, des couples de chameaux par centaines, et des cavales à crinières si longue que leurs pieds y entrent quand elles galopent, et des troupeaux à cornes si larges que l'on abat les bois devant eux quand ils pâturent. (83)
Traditionnellement, le chameau et le dromadaire sont pris comme symboles de richesse, mais aussi de sobriété et de tempérance. C'est la monture qui aide à traverser le désert, le véhicule qui mène d'oasis en oasis. Dans l'Avesta, le livre sacré du Mazdéisme, il serait question de chameaux volants, semblables aux dragons et aux serpents ailés, dont le Zohar fait les gardiens du Paradis terrestre. Mais le chameau est considéré dans le Lévitique comme un animal impur :
Voici les animaux que vous pouvez manger, entre tous les quadrupèdes qui vivent sur la terre : […] Quand aux suivants, qui ruminent ou qui ont le pied corné, vous n'en mangerez point : le chameau, parce qu'il rumine mais n'a point le pied corné : il sera immonde pour vous ; (11.2–4)


C'est-à-dire qu'il ne correspond pas au modèle de perfection, représenté par les moutons et les bovins, qui ruminent et dont le sabot est fendu,
Illustration 9 – Icône de saint Macarius
Encyclopedia Coptica
http://pharos.bu.edu/cn/pictures/Icon.StMakarios.jpg
Le chameau est parfois présenté dans l'iconographie hindoue comme l'emblème de yoginî néfaste' en rapport avec la Mort. Vishap est un esprit arménien néfaste qui détruit les récoltes sous la forme d'un chameau ou d'un âne. Une épine trempée dans son sang peut même provoquer la mort. Saint Macarius l'Égyptien, un autre ascète du désert, comme Antoine, fut tourmenté par le Diable qui avait pris la forme d'un énorme chameau.
De nouveau, nous avons donc ici un animal dont l'utilisation dans le texte est apparemment conforme à son image, mais dont la symbolique recèle des aspects négatifs et même mortels. De nouveau le Diable vient tenter Antoine sous une apparente innocence. De nouveau, il y a ici tromperie et duplicité.
Chapitre 6
La chauve-souris
Dans le texte de La tentation, Flaubert évoque par deux fois la chauve-souris. Par deux fois, la connotation qu'il lui donne est négative : elle représente tout d'abord le Diable :
C'est le Diable, accoudé contre le toit de la cabane et portant sous ses deux ailes, – comme une chauve-souris gigantesque qui allaiterait ses petits, – les Sept Péchés Capitaux, dont les têtes grimaçantes se laissent entrevoir confusément. (65)
Et c'est la Mort qui plane au-dessus de la vieille femme sur le déclin :
La Vieille, pendant qu'elle parlait, s'est encore décharnée ; et au-dessus de son crâne, qui n'a plus de cheveux, une chauve-souris fait des cercles dans l'air. (221)
Ici, donc, le symbole est évident. En Babylonie, la chauve-souris représente l'âme des morts. Selon la loi mosaïque, c'est un animal impur, devenu le symbole de l'idolâtrie et de la frayeur. Pour le Moyen Âge, elle est un dragon miniature. Les traditions alchimistes en font la représentation de l'androgyne, du dragon ailé, des démons. Ses ailes seraient celles des habitants de l'enfer. Les Mayas, quant à eux, en font le symbole de la mort. Pour la Chrétienté, la chauve-souris est vue comme l'oiseau du Diable. Les démons qui sont figurés dans le Psautier de Blanche de Castille ont des ailes de chauve-souris. Et il y a beaucoup à dire sur le Vampire, qui se lève de sa tombe pendant la nuit pour boire le sang des vivants qui le gardera en vie. Le Vampire est en

réalité mort, ou devrait être mort, mais il reste actif dans le monde des vivants, étant doté d'une sorte d'immortalité diabo-lique. Ce mythe existe dans toutes les régions du monde et dans toutes les cultures. Selon la légende, les victimes d'un vampire, soit meurent, soient deviennent elles-mêmes des vamIllustration 0 – The bat
The Aberdeen Bestiary
http://www.clues.abdn.ac.uk:8080/besttest/alt
/comment/det_com/birdf51v.html
pires. Or, les Vampires sont souvent représentés sous la forme d'une chauve-souris.
Ici encore, nous retrouvons la Mort et le Diable dans les visions de saint Antoine.
Chapitre 6
Les chevaux
Flaubert évoque souvent les chevaux dans La tentation. Ils y sont montures rapides, cavales, bêtes de traits étranges, évocateurs de luxe, de richesse, de beauté. Ils y sont le symbole de la lumière, du soleil, ainsi :
Apollon, la face rayonnante, conduit, le bras droit allongé quatre chevaux blancs qui galopent ; (187)
Mais ils y sont aussi évocateurs de rébellion, d'affolement, la négation de cette même lumière :
Mais les chevaux, reculant, se cabrent, brisent le char ; et empêtré par les morceaux du timon, l'emmêlement des harnais, il tombe vers l'abîme, la tête en bas.
Le ciel s'est obscurci. (196)
Ils peuvent même devenir instruments de torture : « Balacius, qui avait craché sur les miennes [mes lettres], a été déchiré par ses chevaux ; » (60) Ou encore :
Que diriez-vous, que dirais-tu, si on te brûlait avec des plaques de fer, si des chevaux t'écartelaient, si ton corps enduit de miel était dévoré par les mouches ! (125-6)
Dans la tradition symbolique, le cheval revêt plusieurs significations en apparence opposées. Il est tout d'abord le coursier solaire. Les chevaux tirent le char du soleil conduit par Apollon et lui sont consacrés. La Bible fait allusion au char du soleil :
Il [le roi Josias] fit enlever les chevaux que les rois de Juda avaient consacrés au soleil, à l'entrée du temple, les relégua près de la cellule du fonctionnaire Nétân-Mélec, située dans l'annexe, et il livra aux flammes les chars du soleil. (II Rois 23.11)
De même, le cheval indien asha est symbole de lumière. Les
Ashvin'' à tête de cheval incarnent la Loi et la Connaissance. Dans le RigVeda, le char du dieu soleil Savita est tiré par un ou par sept chevaux. Lorsqu'il est doté d'une robe d'un blanc lumineux, le cheval représente la victoire, la religion, la pureté, la force vitale.
À cet aspect solaire et lumineux du cheval s'oppose son aspect ténébreux. Les psychanalystes ont fait du cheval le symbole du psychisme inconscient. Il est associé au ténèbres du monde chthonien, porteur de mort, mais aussi guide des morts. Le cheval est un psychopompe. Ainsi, un cheval lumineux emporte Mahomet au ciel. Ce sont les cavales sacrifiées par Achille sur son bûcher funéraire qui conduiront Patrocle au royaume d'Hadès. Le cheval est doté de clairvoyance, mais il peut aussi devenir l'allié du Diable. Les chevaux de la Mort, qui sont des présages de mort, sont courants depuis l'Antiquité grecque jusqu'au Moyen Âge. La plupart de ces chevaux de la mort sont noirs, tels le cheval entrevu par Ronsard dans son Hymne aux démons. Mais ils peuvent aussi être blanc sale, blafards et incarner le Mal. Ils peuvent aussi être roux ; ce sont alors les chevaux de l'Apocalypse porteurs de destruction totale. Un panneau de bois gravé par Hans Holbein le Jeune, intitulé La tentation, comporte en son centre la tête d'un cheval galopant, la crinière au vent et la bouche ouverte. Ce cheval est le symbole central du panneau ; il représente les passions de l'homme sur lesquelles

le cavalier, la Raison, n'a aucun pouvoir ; il s'agit d'une association souvent rencontrée dans les oeuvres de Moyen Âge et de la Renaissance.
Illustration 11 – La tentation,
gravure de Hans Holbein le Jeune
Holbein's Dance of Death
http://shift.merriweb.com.au/books/holbein/
Que dire alors des chevaux pie qui servent de monture aux suivantes de la Reine de Saba : « …et des femmes couvertes de voiles jaunes, montées à califourchon sur des chevaux pie. » (78) ? Ambiguïté des sym-boles, une fois encore, dans le texte de Flaubert, qui mêle le Bien et le Mal, qui rappellent sans cesse la présence du Mal dans toute image plaisante, tentante (les femmes enveloppées de jaun''''–) : ce passage rappelle l'ambivalence attirance-répulsion d'Antoine pour les femmes.
Le folklore des campagnes françaises regorge d'histoires où le Diable se déplace à cheval ou bien se présente aux humains sous la forme d'un cheval (Aubrac, Charente, Ille-et-Vilaine, Vienne, Bretagne) :
Le Cheval-Malet était un cheval blanc, que l'on pouvait rencontrer dans un bois, appuyé contre un arbre. Si l'on avait l'imprudence de monter sur lui, il partait aussitôt au grand galop et filait droit sur la Vienne, où il noyait sa victime. 'Et ce cheval, concluait mon interlocutrice, c'était rien autre chose que le diable.' » (Seignolle 65)
Nous retrouvons donc ici le Diable, vieux compagnon de solitude de saint Antoine.
Chapitre 7
le chevreau, Le bouc
Le chevreau est, dans la Bible, et au même titre que l'agneau, un animal-nourriture, une nourriture sanctifiée et partant, un animal-offrande :
Josias donna aux gens du peuple, à tous ceux qui se trouvaient là, des agneaux et des chevreaux au nombre de trente mille, le tout pour la Pâque, et trois mille boeufs; cela fut pris sur les biens du roi. (2Chr 35:7)
Notre Occident chrétien associe aussi à la chèvre la notion d'agilité, ou même à son goût de la liberté. C'est dans ce sens que Flaubert compare le jeune Hilarion à un chevreau :
– Et les choses dont j'avais besoin, il me les apportait sans murmure, plus leste qu'un chevreau, gai d'ailleurs à faire rire les patriarches. C'était un fils pour moi ! (54-5)
Cette comparaison d'Hilario'''''' avec un chevrea est évocatrice de gaieté, d'insouciance et de vivacité. Mais c'est une évocation bien que pleine de regrets pour le passé, pour le bonheur d'une époque révolue où Antoine était entouré de disciples, par opposition à sa solitude actuelle.
Le bouc peut être, lui aussi, évocateur de nourriture, mais une nourriture grossière qui n'est en aucun cas sanctifiée. C'est ainsi que le voit Flaubert dans La tentation :
Quand le vinaigre militaire coulait sur les barbes non rasées, qu'on se régalait de glands, de pois et d'oignons crus et que le bouc en morceaux cuisait dans le beurre rance des pasteurs, sans souci du voisin, personne alors ne se gênait. (203)
Illustration 12 – Le bouc
Bestiaire d'Aberdeen http://www.clues.abdn.ac.uk:8080/besttest/alt/comment/det_com/goat.html


On peut ajouter que non seulement la viande du bouc n'est pas une nourriture noble, mais que l'animal lui-même revêt un caractère tragiqu  . S'il sym-bolise la puissance génésique, la force vitale, la libido, la fécon-dité, il est également un animal nocturne et lunaire, consacré à Dyonisos, mais aussi victime sacrificielle expiatoire : c'est là l'origine de l'histoire du bouc émissaire qui s'en va chargé des fautes des enfants d'Israel : un des boucs est sacrifié à Yahvé pour les péchés du peuple, l'autre est envoyé à Azazel, le démon qui habite le désert, terre maudite où sont relégués les ennemis de Yahvé. Ce second bouc représente la partie démoniaque des hommes.
Le bouc est aussi l'image même de la luxure ; il est symbole d'abomination, de réprobation. Animal impur, il est un signe de malédiction qui prendra toute sa force au Moyen Âge ; le Diable, dieu du sexe, est alors présenté sous la forme d'un bouc. Le Satan à tête de bouc serait une combinaison de faune, de satyre et d'aegipan. C'est ce symbole de luxure que reprend Flaubert. Ainsi : « Elle a été cette fille d'Israël qui s'abandonnait aux boucs. » (136) Il en fait aussi une image de la folie éthylique, associée à celles de Pan, des Satyres, des serpents, du phallus et de Bacchus (196).
Chapitre 8
Les chiens
Les différentes espèces de canidés sont bien représentés dans La tentation : les chiens, les chacals, les hyènes et même le loup, y apparaissent à de nombreuses reprises. Le chien, par exemple, peut y revêtir une signification positive ou négative. Il est une aide, un compagnon, la source de l'amitié que repousse Antoine dans sa solitude :
C'est comme un remords qui t'agite et une démence farouche, jusqu'à repousser la caresse d'un chien ou le sourire d'un enfant. (90)
Leur vigilance et leur fidélité ont valu aux chiens d'être utilisés comme gardiens des troupeaux. Par la suite, il sont devenu le symbole des prêtres guidant le troupeau des fidèles du Christ.
Mais les peuples de  l'Islam dotent le chien de 52 attributs, pour moitié bons, pour moitié mauvais. Ainsi, dans La tentation, le chien peut représenter… le néant, ou presque, un être de peu de valeur :
Et je me nourrissais de fleurs et de fruits, avec une telle observance des préceptes, que pas même un chien ne m'a vu manger. (131)
Dans le même esprit, il représente la pauvreté, le dénuement, le mépris. C'est un thème que la Bible évoque largement. Ainsi :
Et maintenant j'excite les moqueries de gens plus jeunes que moi, dont les pères m'inspiraient trop de mépris pour les mettre avec les chiens de mon troupeau. (Job 30.1)
Muet, il ne peut même s'exprimer sans être le jouet d'un sortilège démoniaque opéré par Simon : « Je peux faire se mouvoir des serpents de bronze, rire des statues de marbre, parler des chiens. » (138)
Le chien n'est donc rien. Mais voici que de muet, il devient hurlant d'angoiss, il est le vecteur même de l'angoisse : « Un chien entra, portant à la gueule une main coupée. » (150). Il est aussi un psychopompe de l'ancienne Egypte : ce sont les esprits cynocéphales, serviteurs du Thot. Dans les mythes, le chien représente les instincts élémentaires dangereux, l'animus inconscient agissant en liberté, comme la meute de la redoutable Hécate, messagère des démons. On retrouve également Cerbère, le chien à trois têtes et aux dents empoisonnées, gardien de la porte des enfers, symbole du seuil qui sépare le conscient de l'inconscien' . Et de rien, le chien devient mystérieux, inquiétant, redoutable.
Le chacal, ancêtre du chien est présenté par Flaubert comme joli, méfiant et chapardeur.


Liste des oeuvres citées
Chevalier, Jean et Gheerbrant, Alain. Dictionnaire des symboles. Paris : Laffont, 1996.
Flaubert, Gustave. La tentation de saint Antoine, éd. Claudine Gothot-Mersch. Paris : Gallimard, 1983.
Huysmans, Joris-Karl. À rebours. Paris : GF-Flammarion, 1978.
Julien, Nadia. Grand dictionnaire des symboles et des mythes. Alleur (Belgique) : Marabout, 1997.
La Bible. Trad. Rabbinat français. Paris: Colbo, 1983
Mariño Ferro, Xosé Ramón. Symboles animaux. Paris : Desclée de Brouwer, 1996.
Claude Seignolle, éd. Les Évangiles du Diable selon la croyance populaire. Paris: Maisonneuve, 1964.
Tertulien. « Ad nationes », trad. Dr. Holmes. Fathers of the Church. http://www.sni.net/advent/fathers/0306.htm



Index

Achéloüs, 13
âme, 16
âne, 2
de Buridan, 5
dénuement, 2
Diable, 4
fête de l', 3
homme à tête d', 4
luxure, 3
monture, 2
ornement architectural, 2
pauvreté, 2
puissance vitale, 4
rouge, 4
Saturne, 4
sauvage, 6
ânesse, 2
Apocalypse, 26
Apollon, 24, 25
araignée, 8
Diable, 9
tarentule, 8
ascète, 6
Avesta, 19
beauté, 24
biche, 16
âme, 16
boeuf
bonté, 11
en sacrifice, 12
prospérité, 11
symbole du prêtre, 12
bouc, 29
Diable, 30
Dyonisos, 29
émissaire, 29
luxure, 30
nourriture, 29
tragique, 29
buffle, 11
bonté, 11
en sacrifice, 12
Lao-Tseu, 11
monstre, 12
monstre formé d'un porc et d'un, 11
Mort, 12
paix domestique, 11
cavale. Voir cheval
cerf, 15
abondance, 15
ambiguïté, 17
biche, 16
blanc, 16, 17
Cernunnos, 16
Christ, 17
Diable, 17
et taureau, 16
fertilité, 17
Lascaux, salle des taureaux, 17
longévité, 16
noir, 17
parure, 15
sadhuzag, 17
Cernunnos, 16
chameau, 19
Avesta, 19
Diable, 21
impureté, 20
Macarius tenté par un, 20
Mort, 20
richesse, 19
sobriété, 19
tempérance, 19
Vishap, 20
volant, 19
Zohar, 19
chauve-souris, 22
Diable, 22
Mort, 22
Vampire, 23
cheval, 24
ambivalence, 26
beauté, 24
blanc, 25
dans le folklore, 27
de la Mort, 25
Diable, 25, 27
lumière, 24
luxe, 24
noir, 26
pie, 26
psychopompe, 25
rébellion, 24
richesse, 24
roux, 26
soleil, 24
tirant le char du soleil, 25
torture, 24
chevreau, 28
gaieté, 28
Hilarion, 28
nourriture, 28
offrande, 28
Christ, 17
Cybèle, 3
déesse mère, 14
dénuement, 2
Diable, 4, 9, 10, 17, 18, 21, 22, 25, 27, 30
Diane, 15
dromadaire. Voir chameau
duplicité, 9
Dyonisos, 29
exotisme, 7
fécondité, 13
gazelle
âme, 18
spirituel, 18
gorgone, 12
Hilarion, 28
humilité, 2
impureté, 20
Ismaël, 6
joyau
diamant, 9
Jung, 8
Jupiter, 13
Lao-Tseu, 12
lion
inconscient, 18
longévité, 16
lumière, 24
luxure, 3, 30
Macarius, 20
Minotaure, 13
monstre, 12
monture, 2
Mort, 12, 20, 22, 25
mulet, 7
nourriture, 28, 29
offrande, 28
onagre, 6
ornement architectural, 2
Osiris, 13
parure, 15
pauvreté, 2
porc
monstre formé d'un buffle et d'un, 12
psychopompe, 25
rébellion, 24
richesse, 2, 19
Sabaoth, 5
sadhuzag, 17
scorpion, 9
compagnie, 9
Diable, 10
diamant, 9
dragon, 10
duplicité, 9
serpent, 9
serpent, 5
Seth, 4
Silène, 3
sobriété, 19
soleil, 24
taureau, 12
à face humaine, 13
Achéloüs, 13
ambiguïté, 13
Carnac, 17
chez les Celtes, culte du, 17
Jupiter, 13
Lascaux, salle des, 17
Minotaure, 13
Osiris, 13
sadhuzag, 17
tempérance, 19
torture, 24
vache, 13
déesse mère, 14
fécondité, 13
Vampire, 23
Vishap, 20
Zohar, 19


Notes

1 Dêvi est la mère divine de la culture Hindoue et l'épouse de Shiva.
2 Empuse : " (celle qui force) spectre féminin apparaissant au mois d'août, voilant le soleil, écrasant impitoyablement les os de ceux qui refusaient de la vénérer. Cet incube, envoyé par Hécate, changeait de forme à volonté et s'attaquait surtout aux voyageurs. " (Julien 227)
3 Ce que l'expression populaire méchant comme un âne rouge tend curieusement à confirmer.
4 Elohim Sabaoth. De l'hébreu xxxxx qui signifie " les armées ".
5 Jean Buridan, 1300-58, philosophe et logicien français. Il serait à l'origine de la théorie de la probabilité. On lui attribue la paternité de l'histoire de l'âne qui, ne pouvant choisir entre deux meules de foin identiques, se laissa mourir de faim.
6 En Grèce, avant de prophétiser, la Pythie et les devins mâchaient ou brûlaient du laurier dont les feuilles fraîches possèdent des effets hallucinatoires.
7 Du grec ??????.
8 Catoblepas signifie en grec " celui qui regarde vers le bas ".
9 Le serpent et le taureau sont deux symboles de fertilité, de tout temps associés à l'idée de traversée, de passage de purification.
10 Les grottes de Lascaux furent découvertes en 1940.
11 Il est curieux de constater que le nord est noir pour les Aztèques, les Algonkin, les Chinois.
12 cf. le tchador, noir, dont sont recouvertes les femmes chez les musulmans intégristes.
13 Dans le bouddhisme, la yogini symbolise les canaux subtils qui portent la pensée d'illumination.
14 Fils d'un cheval et d'une jument, tous deux symboles solaires, dans la tradition hindoue.
15 Un des aspects de Vishnu.
16 Noter ici aussi la dualité symbolique de la couleur jaune, qui peut être positive lorsqu'elle s'apparente à l'or, et négative lorsqu'elle est couleur chthonienne. Ce clivage relève de la différence de matité et brillance de la couleur, ce qui rappelle la distinction entre les couleurs blanc terne et blanc lumineux de la robe des chevaux - infernaux ou célestes, selon le cas.
17 Hilarion était le fils de parents païens. Il étudia dans les école d'Alexandrie où il se convertit au Christianisme. À l'âge de quinze ans, attiré par le renon d'Antoine, il se retira dans le désert à ses côtés, puis décida de vivre en ermite. Revenu chez lui, il distribua sa fortune aux pauvres et s'établit dans une hutte du désert de Majuma, près de Gaza, où il mena une vie semblable à celle d'Antoine. Il mourut à l'âge de quatre-vingts ans.
18 Chevreau se traduit en anglais par kid, qui signifie aussi gamin.
19 " littéralement, tragédie veut dire chant du bouc " (Chevalier 138).
20 Lévitique 16.9-10
21 Pages 180-1
22 La constellation boréale Cerbère comprend quatre étoiles entourant une étoile centrale appelée la main d'Hercule. Est-ce cette main que rapporte le chien de la citation précédente ?

Références bibliographiques par animal cité dans La tentation

ID Famille Animal Réf. bibliographique Page de référence
ânes âne D symboles 41
    A in Folklore 53
    A in M.A. 52, 55, 57
    D mythes 29
    S animaux 23
    évangiles XXXV, XLV
  mulet S animaux 290
  onagre D symboles 703
    S animaux 305
arachnoïdes scorpion S animaux 380
    D symboles 855
    D mythes 356
    A in Folklore 199
    A in M.S. 39, 171, 172–3, 174, (devil) 173, (Scorpio) 172
    Bestiaire divin 173
  tarentule A in Folklore 63–5
    S animaux 27
    D symboles 60
    D mythes 37
    A in M.A. 31, 35–6, 90, 99
animaux marins bête marine    
bovins boeuf A in M.A. 53,58,67
    A in Folklore 28–30, 60–1, 61–2, 104, 137
    D mythes 55
    D symboles 133 (avec buffle)
    Man & Beast 116–
    S animaux 42
  buffle Man & Beast 94
    S animaux 46
    D symboles 133 (avec boeuf)
  taureau A in Folklore (threat) 37–40, (as demon) 84, (guardian spirit) 139
    Bestiaire divin 63,94
    A in M.A. 152
    D mythes 392
    D symboles 929
    Man & Beast 116
    S animaux 400
  vache A in Folklore (threat) 38, 40–1, (bewitched) 86, 89, 97, 106–8, …
    A in M.A. 60,67
    D mythes 421
    D symboles 988
    S animaux 427
cerfs cerf A in Folklore 176
    Bestiaire divin 44
    A in M.A. 58, 144
    D mythes 73
    D symboles 195
    S animaux 52
chameaux chameau⁄dromadaire A in M.A. 54
    D symboles 204
    S animaux 58
chauve–souris chauve–souris Man & Beast 47–8
    A in Folklore 39
    D symboles 219
    S animaux 62
    A in M.A. 57, 182
chevaux cavale    
  cheval A in Folklore numerous, (horse headed saints) 193–195–6
    S animaux 63
    évangiles XLIV, XLVI, XLVII
    A in M.A. 4, 15, 187
    D symboles 223
    D mythes 77
    Bestiaire divin 21
  hippopode    
chèvres bouc A in M.A. chèvre 55, 151
    D symboles chèvres 2 3 7 (avec chevreau)
    A in Folklore chèvre numerous
    évangiles chèvre LII
    S animaux chèvre 84
    Bestiaire divin (chèvre et bouc) 167
    D mythes bouc 57
    A in M.A. bouc 187
    D symboles bouc 138
    évangiles LIV
  chevreau D symboles 237 (avec chèvre)
chiens chacal S animaux 58
    A in Folklore 49–50,73
    D symboles 199
  chien évangiles XXXVI, XXXVIII, XXXIX, LV
    A in Folklore many
    D symboles 239
    S animaux 88
    Man & Beast 45
    A in M.A. 49,75–6
    D mythes 81
    Bestiaire divin 152
  hyène S animaux 190
    A in Folklore 174
    D symboles 515
    Man & Beast 94
  loup S animaux 211
    A in Folklore many
    D symboles 582
    Bestiaire divin 152
    A in M.A. many
    D mythes 199
batraciens crapaud évangiles L
    A in Folklore 87,103,107,162
    A in M.A. 25–43,63
    D symboles 308
    S animaux 113
éléphants éléphant D mythes 122
    A in M.A. 89,98, 113
    Man & Beast 46 (hunter)
    D symboles 397
    S animaux 126
fauves léopard S animaux 198
    Man & Beast 36,94,35,36,65
    D symboles 563
Ili lion S animaux 202
    D symboles 575
    A in Folklore 84, 197–8, 200
    Man & Beast 50–1,57
    A in M.A. numerous
    D mythes 195
    Bestiaire divin 184
  lynx S animaux 279
    D symboles 596
    A in Folklore 36,38–40
  panthère S animaux 311
    A in M.A. 90, 96, 98, 112,113
  tigre S animaux 402
    A in Folklore 170–1
    D symboles 949
    D mythes 403
gazelles antilope Man & Beast 48–9
    S animaux 26
  bubal    
  gazelle voir Mille et Une Nuits  
    D symboles 473
    S animaux 165
girafe girafe S animaux 166
insectes abeille S animaux 11
    A in M.A. 41
    D symboles 1
    D mythes 9
  chrysalide D symboles 247
  fourmi S animaux 159
    D symboles 462
    A in M.A. 90
    A in Folklore 64,94
  grillon S animaux 170
    D symboles 487
  guêpe S animaux 174
    D symboles (maçonne) 490
    A in Folklore 38,40
  insecte D symboles 522 (voir lucioles?)
    A in M.A. 63
    A in Folklore 36–63, (supernat.) 62–3, 77–8, (as charms) 240
    D mythes 170
  luciole D symboles 584
  mouche S animaux 288
    D symboles 652
    A in Folklore (demonic) 62–3, 78, 91–2
  moustiques D symboles 653
  papillon S animaux 315
    D symboles 727
    D mythes 278
  sauterelle S animaux 377
    D symboles 850
    A in M.A. 172
  vermine S animaux 430
    D symboles 1001
    A in M.A. 31,34,37,41,172
    A in Folklore (for dragon) 26–8, 3 0– 1, (Threat) 3 8, 40, (familiar)
mammifères marins baleine A in Folklore 38–9, 139
    A in M.A. 98
    S animaux 35
    D symboles 102
  dauphin D symboles 338
    S animaux 122
oiseaux aigle Bestiaire divin 148
    D mythes 15
    A in Folklore (threat) 3 8, 4 1, (guardian spirit) 140, (St John as) 1
    A in M.A. many
    D symboles 12
    S animaux 16
  colombe Bestiaire divin 140
    A in Folklore 118, 186, 201, (Holy Ghost) 215
    A in M.A. 59–60
    D symboles 269
  corbeau Bestiaire divin 144
    A in Folklore (Old Test.) 80, 20 1, (witch) 87, (demons) 9 1, (Rus
    A in M.A. 87, 4, 19, 59–60
    D mythes 285
    S animaux 105
  cygne Bestiaire divin 127
    A in Folklore 118
    D symboles 332
    S animaux 118
  épervier A in Folklore 38,41
    A in M.A. 61–108–9
    D symboles 409
    S animaux 151
  hirondelle D mythes 162
    A in Folklore (ghost) 188
    D symboles 506
    S animaux 184
  Ibis D symboles 517
    S animaux 193
  oiseau⁄oisillon D mythes 257
    Man & Beast 20, 54–6, 59–60, 68, 114
    A in Folklore many
    A in M.A. 16,61,62,63
    D symboles 695
    S animaux 299
  coq D mythes 85
    D symboles 281
    S animaux 101
  palmipède    
  paon D mythes 275
    D symboles 725
    S animaux 313
  perroquet S animaux 321
  vautour D mythes 423
    D symboles 994
    S animaux 427
ours ours A in Folklore numerous
    A in M.A. 133, 144
    D mythes 269
    D symboles 717
    S animaux 306
moutons agneau S animaux 15
    D symboles 10
    A in MA 53, 54, 55–6, 149
    D mythes 15
  bélier S animaux 40
    D symboles 113
    Man & Beast 93–4
    D mythes 53
    Bestiaire divin 86,94
  brebis S animaux 43
    D symboles 147
  mouton évangiles LI
    A in M.A. 55–6, 60, 61, 93, 187
    A in Folklore 40, 65–8, 104
    D mythes 232
paramécie cellule    
poissons murène S animaux 290
    A in Folklore 38,41
  poisson S animaux 330
    évangiles LVIII
    D symboles 773
    A in M.A. 4, 17, 19, 149
    A in Folklore (threat) 37–8, (spouse) 114, (shape–changer) 127, 1
    D mythes 311
    Bestiaire divin 173
  requin A in Folklore 36–6,41
porcs porc D mythes 314
    D symboles 778
    S animaux 334
  sanglier D mythes 350
    A in Folklore 140
    A in M.A. XI, 3, 4, 9–14, 152
    D symboles 844
    S animaux 374
rhinocéros rhinocéros S animaux 365
reptiles crocodile Man & Beast 19
    A in M.A. 171
    D symboles 315
    S animaux 114
  lézard À in Folklore 171
    D symboles 567
    S animaux 199
serpents crotale   aussi instruments de mus
  python D symboles 792
    A in Folklore 113
  Man & Beast 8, 48, 49–50, 51, 75, 86, 93, 112–3, 123–4, 127, (sp  
    D mythes 512
  serpent S animaux 382
    D symboles 867
    A in M.A. many
    A in Folklore many
    D mythes 365
    Bestiaire divin 102
  vipère S animaux 431
    D symboles 1021
    A in M.A. 31, 105, 112, 171–2, 174
singes cynocéphale A in M.A. 154
  singe D mythes 368
    À in Folklore 114
    A in M.A. 152
    D symboles 885
    S animaux 393
    évangiles LXI


 
 

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